Je ne m'attacherai pas ici à l'art sacré, à la production destinée à vanter le mérite de tel ou tel dogme, je m'intéresse à la notion primaire de sacralité, liée avant tout à la spiritualité individuelle.

 

Si les musées sont remplis d'œuvres incomprises, est-ce par ce qu'elles font appel à ce qui fait largement défaut à notre époque, le domaine spirituel?

 

Une vacuité flagrante se remarque dans le domaine de la foi (je ne parle pas de religion)

 

N'allez pas croire que je considère les œuvres d'art comme objets de culte.

 

Si l'on remarque les poussées extrémistes, elles ne dénotent pas une plus grande Foi pour autant, c'est plutôt un phénomène de dévotion, de ferveur exacerbée à des dogmes que l'on constate, d'autant plus que la plupart des montées de fanatisme, sont contrôlées par des idéologues au service de systèmes dissidents qui voudraient politiquement émerger, voir s'installer. (Munich 1933, ça ne vous rappelle rien?)

 

En tout cas, je peux aisément caricaturer Malévitch, Duchamp ou Mondrian sans risquer une shariah !

 

Digression:

C'est bien ce que fait Sylvie Fleury, ce n'est évidement pas la seule, mais elle représente à mes yeux le serpent du midgaard (« L'Edda » de Snorri Sturlusson).

Ces pièces incarnent à mon sens une certaine forme admise de confort dilettante inutile.

 

Face à ce contexte qui se raidit dans tous les coins, des pièces à portée politiques sont produites et montrées tous les jours, soulignant des faits marquant ou dénonçant des déviances socio-économiques et politiques, alors que, parallèlement, fleurissent des œuvres sans but ou messages politiques avoués.

Ici se pose aussi la question de la cible: Il est très confortable de s'adresser à un public "d'accord", rassurant de se complaire dans un micro-milieu...

Ces œuvres ne peuvent pas être de simples amas de matières, ayant pris une valeur marchande virtuelle après spéculation !

 

Alors que sont-elles ?

 

De multiples tentatives pour combler un manque émotionnel du à une absence de Foi (non dogmatique bien sur), des essais pour comprendre l'essence de l'âme humaine?

 

[...l'art et la foi partagent le même mystère, exigeant tous deux l'impondérable d'une vocation et d'un état de grâce...] Giovanni Lista dans DICROLA processus art.

 

Que sais-je?

 

Simplement que la matière est régie par des forces qui agissent aussi sur nous!

... l'art une tentative de devenir l'entité divine créatrice elle-même ? (idée confortée par la propension de l'homme à l'anthropomorphisme)...BEURK ! ! !

 

En réalité je ne crois pas que les artistes se trouvent dans l'une de ces démarches consciemment, l'une ou l'autre de ces hypothèses peut nourrir chacun, et même quelque fois par alternance.

 

Toute création artistique, par l'énergie psychique que l'on y confère, est un affront à la chrétienté, une sorte d'idolâtrie, en effet quand le geste devient forme il se passe ce phénomène étrange que tente de transmettre toutes les religions... Transfiguration, (ré-)incarnations... ?

 

C'est donc la transformation, (la transmutation) qui guiderait la main de l'artiste, ces phénomènes qui restent de l'ordre de l'inexplicable, du non perceptible, une forme de Big Bang « reproductible ».

 

Face à cet aspect mystique de la création, on trouve des gens aux démarches hybrides, exilés de ce mode de pensée (ou de fonctionnement s'il est inconscient) comme Stellarc.

 

L'artiste australien déclare que plus il réalise de performances plus il se rend compte qu'il n'a pas de conscience.

 

 

Conscience (définition médiadico):

Sentiment de soi-même.
Sens moral.
Soin scrupuleux.
Perdre conscience: s'évanouir.
Conscience professionnelle: respect de son métier.
Avoir une chose sur la conscience: se la reprocher.
Cas de conscience: dilemme, difficulté d'ordre moral.
Liberté de conscience: droit absolu de croire ou de ne pas croire.
En conscience: honnêtement.

 

Je trouve la réflexion de Stellarc séduisante, mais un peu menteuse :

 

La conscience comme il la décrit me semble être le sens moral, tout à fait lié à notre bagage culturel et notre éducation, ainsi donc même s'il ne dispose pas (selon lui) d'une conscience judéo-chrétienne occidentale, il en « traîne » forcément une, même si elle peut être alors considérée par le monde comme déviante ou immorale.

En effet se prétendre dégagé de sens moral et du poids de sa culture est un mensonge qui change l'artiste en autiste.

Voici une déclaration mensongère, mais si tentante!

Adaptons la formule de Rabelais à l'art :

                Art sans conscience n'est que ruine de l'âme.

 

L'animal est considéré comme n'ayant pas de conscience... Il n'y a encore pas si longtemps on considérait que la communication animale n'existait pas hors de mammifères (on retrouve un cas flagrant de reconnaissance)

Depuis on a mis en évidence de multiples formes de communication non verbale (céphalopodes, végétaux, insectes...)

 

Ces récentes découvertes mettraient-elles en cause la nature de notre supériorité sur ces êtres ?

 

Après tout l'homme est le seul organisme à ma connaissance à détruire intégralement son biotope au détriment de sa propre survie.

 

Je ne crois pas en dieu, et encore moins en un Dieu anthropomorphique ayant créé l'homme à son image, la vie après la mort est à mon sens un très bon outil de contrôle trouvé à une époque lointaine...

 

 

Le monde étant constitué d'énergies, nos liaisons synaptiques fonctionnant à l'électricité, je pense que c'est ce que nous sommes, et donc comme « rien ne se perd rien ne se crée »(Lavoisier) il me semblerait logique que le flux électrique d'une personne s'en aille pour se transformer ondulatoirement...

 

Pas là de quoi fouetter un chat !

 

De ce même fait, si une œuvre est détruite, elle continuera à « vibrer » si elle était juste, grâce aux textes, photos...(c'est le cas de beaucoup de tableaux disparus dans des incendies ou jamais revus depuis une date X comme certaines des « île des morts » de Böcklin)

 

Si ce n'est ni pour approcher dieu, ni pour le fuir, ni pour combler le vide de nos existences, créer nous donne peut être une impression de pérennité dans le temps une sorte d'attelle de vie, une tentative quasi alchimique de vivre éternellement ?

 

Partant de ce principe, j'accorde plus volontairement l'immortalité à des James Turrel, Walter De Maria, Richard Long qu'à Matisse ou Rembrandt...

 

C'est à dire qu'avec eux se produisent des détournements du paysage, qui engagent l'homme s'il est présent, mais peuvent fonctionner sans lui, ce qu'ils font d'ailleurs!

 

 

L'art se tenant selon moi entre une œuvre et son « public » ces acteurs du Land Art ont peut être transgressé l'œuvre d'art, la transfigurant en une donnée matérielle autonome, devenant biotope.