Un nid de scorpions dans la gorge, il broie du noir.

Un orage sur ses lourdes joues, il s'en va quérir son karma, traire son destin.

L'ancêtre juvénile n'a plus la Foi, mais il avance néanmoins.

 

Quatorze corneilles sur un pilonne le ramènent un instant sur ce plan, en ce monde cerné de sentinelles.

N'ayant pas pris son dernier verre, il connaît pourtant la sentence.

 

Les rais de soleil inondent la plaine cultivée, les nuages éventrés ne réchauffent plus les brebis égarées.

En file indienne, en rang par deux, parfois, elles piétinent sans le savoir jusqu'au jour funeste du grand compost.

"Ah l'auguste délivrance qu'est la pieuse apparition du grand abattoir !"

 

Le gris du matin garde les traces discrètes du rose du soir. Le parfait bitume pourfend le paysage, tranche en deux la carte postale. Et l'homme le chevauche pris dans un balais monstrueux, un bestiaire monotone.

Vrombissement dans les oreilles, il l'a bien vu cette ingénue, endormie, affalée, épuisée. Les pieds boueux comme les autres, elle dort. Moteur à sec, cerveau limpide, il entre en rage.

Sans sourciller, juste un sourire, la colère monte.

Pour se prouver qu'il est en vie, il la couchera sur papier avant que l'abysse ne s'éloigne,

laissant place à un autre gouffre sous le sternum.